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L’irrégularité, la splendeur surchargée et l’abondance des ornements produit l’impression de la richesse et de l’abondance. Il sait ce qui agit encore sur nos hommes ; « nos hommes ! » il les idéalise encore et il les place très haut.

14.

En tant que comédien, il tendait à n’imiter l’homme qu’agissant et véritable, agité par les passions les plus hautes. Car sa nature extrême voyait, dans toutes les autres conditions, faiblesse et défaut de vérité. Lorsque l’artiste dépeint des passions, il s’expose aux dangers les plus extraordinaires. Se préoccuper de ce qui enivre, de ce qui est sensuel, extatique, soudain, de ce qui veut être en mouvement à tout prix — abominables tendances !

15.

Son retour à la nature, c’est-à-dire à la passion, est suspect, parce que c’est de la passion que l’on parvient à tirer le plus d’effets. On ne saurait imaginer la possibilité d’un art qui serait de pure improvisation ; vis-à-vis de la musique allemande ce point de vue est des plus naïfs. L’unité organique de Wagner est dans le drame, mais c’est pour cela qu’elle ne parvient pas (souvent pas) à pénétrer la musique, pas plus qu’elle ne pénètre le texte. Celui-ci laisse l’impression de l’improvisation. (L’improvisation n’est bonne que chez les artistes parfaits, et non pas chez ceux qui sont dans leur devenir ; mais elle trompe toujours et produit une impression factice de richesse.)

16.

L’intempérance et l’imagination sans bornes étaient sans doute chez lui une seconde nature.