Ouvrir le menu principal
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.
98
AURORE

Luther, qui resta un brave fils de mineur lorsqu’on l’eut enfermé dans un couvent, où, à défaut d’autres profondeurs et d’autres « filons », il descendit en lui-même pour y creuser de terribles galeries souterraines ; Luther s’aperçut enfin qu’une vie sainte et contemplative lui était impossible et que l’« activité » qu’il tenait de naissance le minerait corps et âme. Trop longtemps il essaya de trouver par les mortifications le chemin qui mène à la sainteté, — mais il finit enfin par prendre une résolution et par se dire à part lui : « Il n’existe pas de véritable vie contemplative ! Nous nous sommes laissés tromper ! Les saints ne valaient pas plus que nous tous. » — C’était là, il est vrai, une façon bien paysanne d’avoir raison, — mais pour des Allemands de cette époque, c’était la seule qui fût véritablement appropriée : comme ils étaient édifiés de pouvoir lire dans le catéchisme de Luther : « En dehors des dix commandements, il n’y a pas d’œuvre qui puisse plaire à Dieu, — les œuvres spirituelles, tant vantées des saints, sont purement imaginaires » !

89.

Le doute comme péché. — Le christianisme a fait tout ce qui lui était possible pour fermer un cercle autour de lui : il a déclaré que le doute, à lui seul, constituait un péché. On doit être précipité dans la foi sans l’aide de la raison, par un miracle, et y nager dès lors comme dans l’élément le plus clair et le moins équivoque : un regard jeté vers la terre