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AURORE

même patience et la même incertitude craintives qu’elle avait autrefois à l’égard des cruautés commises sur des corps d’hommes ou d’animaux. Certes, l’enfer n’est pas demeuré une vaine parole ; et aux réelles craintes de l’enfer qui venaient d’être créées correspondait une nouvelle espèce de pitié, une horrible et pesante compassion, autrefois inconnue, avec ces êtres « irrévocablement damnés », la pitié que manifeste par exemple l’Hôte de Pierre vis-à-vis de Don Juan et qui, durant les siècles chrétiens, a dû souvent faire gémir les pierres. Plutarque présente une sombre image de l’état de l’homme superstitieux dans le paganisme : cette image devient anodine lorsque l’on met en parallèle le chrétien du moyen âge qui présume qu’il ne pourra plus échapper aux « tourments éternels ». Il voit apparaître devant lui d’épouvantables présages : Peut-être une cigogne qui tient un serpent dans son bec et qui hésite à l’avaler. Ou bien il voit la nature tout entière pâlir soudain, ou bien des couleurs enflammées courir sur le sol. Ou bien les fantômes des parents morts apparaissent avec des visages qui portent les traces de souffrances horribles. Ou bien encore les murs obscurs dans la chambre de l’homme endormi s’illuminent, et, dans de jaunes fumées se dressent des instruments de torture, s’agite un fouillis de serpents et de démons. Quel épouvantable asile le christianisme a-t-il su faire de cette terre, rien qu’en exigeant partout des crucifix, désignant ainsi la terre comme un lieu où « le juste est tourmenté à mort » ! Et lorsque l’ardeur d’un grand prédicateur présentait en public les se-