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AURORE

qui lui ressemble, à quoi elle peut s’assimiler, et substituer peu à peu son sens propre. Ce n’est pas ce qu’elle a en elle de chrétien, mais ce qu’il y a d’universellement païen dans ses usages qui est cause du développement de cette religion universelle ; ses idées qui ont leurs racines en même temps dans l’esprit judaïque et dans l’esprit hellénique, ont su s’élever dès l’abord, tant au-dessus des séparations et des subtilités de races et de nations qu’au-dessus des préjugés. Bien que l’on ait le droit d’admirer cette force de marier les choses les plus différentes, il ne faut cependant pas oublier les qualités méprisables de cette force, — cette étonnante grossièreté, cette sobriété de son intellect, au moment où l’Église s’est formée, qui lui permettaient de s’accommoder ainsi de tous les régimes et de digérer les contradictions comme les cailloux.

71.

La vengeance chrétienne contre Rome. — Rien ne fatigue peut-être autant que l’aspect d’un perpétuel vainqueur, — on avait vu Rome s’assujettir pendant deux cents ans, un peuple après l’autre, le cercle était accompli, tout avenir semblait arrêté, toute chose était préparée à durer éternellement, — et lorsque l’empire construisait, on construisait avec l’arrière-pensée de l’« aere perennius » ; — nous qui ne connaissons que la « mélancolie des ruines », pouvons à peine comprendre cette mélancolie toute différente des constructions éternelles, contre quoi il fallait tâcher de se défendre comme