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AURORE

Jusqu’à présent cette mort ignominieuse lui avait tenu lieu d’argument principal contre cette « vocation messianique » dont parlaient les adhérents de la nouvelle doctrine : mais qu’adviendrait-il si elle avait été nécessaire, pour abolir la loi ? — Les conséquences énormes de cette idée subite, de cette solution de l’énigme, tourbillonnent devant ses yeux, et il devient tout à coup le plus heureux des hommes, — la destinée des juifs, non, la destinée de l’humanité tout entière, lui semble liée à cette seconde d’illumination soudaine, il tient l’idée des idées, la clef des clefs, la lumière des lumières ; autour de lui gravite désormais l’histoire ! Dès lors il est l’apôtre de l’anéantissement de la loi ! Mourir au mal — cela veut dire aussi mourir à la loi ; c’est vivre selon la chair — vivre aussi selon la loi ! Être devenu un avec le Christ — cela veut dire être devenu, comme lui, destructeur de la loi ; être mort en Christ — cela veut dire aussi mort à la loi ! Quand même il serait possible de pécher encore, ce ne serait du moins pas contre la loi ; « je suis en dehors de la loi », dit-il, et il ajoute : « Si je voulais maintenant confesser de nouveau la loi et m’y soumettre, je rendrais le Christ complice du péché » ; car la loi n’existait que pour engendrer toujours le péché, comme un sang corrompu fait sourdre la maladie ; Dieu n’aurait jamais pu décider la mort du Christ si l’accomplissement de la loi avait été possible sans cette mort ; désormais non seulement tous les péchés nous sont remis, mais le péché lui-même est aboli ; désormais la loi est morte, désormais est mort l’esprit charnel où elle habitait — ou