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AURORE

chés, à représenter la divinité, maintient sans cesse en éveil, dans l’âme, et même dans le corps, le sentiment d’une mission surhumaine ; là règne ce mépris noble à l’égard de la fragilité du corps, du bien-être et du bonheur, tel qu’il appartient aux soldats de naissance ; on a sa fierté dans l’obéissance, ce qui est le signe distinctif de tous les aristocrates ; on a son idéalisme et son excuse dans l’énorme impossibilité de sa tâche. La puissante beauté et la finesse des princes de l’Église ont toujours démontré chez le peuple la vérité de l’Église ; une brutalisation momentanée du clergé (comme du temps de Luther) amène toujours la croyance au contraire. — Et ce résultat de la beauté et de la finesse humaines, dans l’harmonie de l’extérieur, de l’esprit et de la tâche, serait anéanti en même temps que finissent les religions ? Et il n’y aurait pas moyen d’atteindre quelque chose de plus haut, ni même d’y songer ?

61.

Le sacrifice nécessaire. — Ces hommes sérieux, solides, loyaux, d’une sensibilité profonde qui sont maintenant encore chrétiens de cœur : ils se doivent à eux-mêmes d’essayer une fois, pendant un certain temps, de vivre sans christianisme ; ils doivent à leur foi d’élire ainsi domicile « dans le désert » — afin d’acquérir le droit d’être juges dans la question de savoir si le christianisme est nécessaire. En attendant, ils demeurent attachés à leur glèbe et de là ils insultent le monde qui se