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AURORE

et l’on préfère de beaucoup souffrir et se sentir de la sorte transporté au-dessus de la réalité (par la conscience de s’approcher ainsi de ce « monde de vérité plus profond »), que de vivre sans souffrance et d’être privé de ce sentiment du sublime. Par conséquent, c’est la fierté et la façon habituelle de la satisfaire qui s’oppose à la nouvelle interprétation de la morale. Quelle force faudra-t-il donc employer pour supprimer ce sabot d’enrayure ? Plus de fierté ? Une nouvelle fierté ?

33.

Le mépris des causes, des conséquences et des réalités. — Ces hasards néfastes qui frappent une communauté, tels que les orages subits, les sécheresses ou les épidémies, éveillent chez tous les membres de la communauté le soupçon que des fautes contre les mœurs ont été commises, ou font croire qu’il faut inventer de nouvelles coutumes, pour apaiser une nouvelle puissance et une nouvelle lubie des démons. Ce genre de suspicion et de raisonnement évite donc justement d’approfondir la véritable cause naturelle et considère la cause démoniaque comme raison première. Il y a là une des sources des travers héréditaires de l’esprit humain : et l’autre source se trouve tout à côté, car, de même et tout aussi systématiquement, on accorde une attention beaucoup moindre aux conséquences véritables et naturelles d’une action que celle que l’on accorde aux conséquences surnaturelles (ce que l’on appelle les punitions et les grâces de la divinité).