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Page:Nietzsche - Ainsi parlait Zarathoustra.djvu/62

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Mais l’État ment dans toutes ses langues du bien et du mal ; et, dans tout ce qu’il dit, il ment — et tout ce qu’il a, il l’a volé.

Tout en lui est faux ; il mord avec des dents volées, le hargneux. Fausses sont même ses entrailles.

Une confusion des langues du bien et du mal — je vous donne ce signe, comme le signe de l’État.Vraiment, c’est la volonté de la mort qu’indique ce signe, il appelle les prédicateurs de la mort !

Beaucoup trop d’hommes sont mis au monde : l’État a été inventé pour ceux qui sont superflus !

Voyez donc comme il les attire, les superflus ! Comme il les enlace, comme il les mâche et les remâche.

« Sur la terre, il n’y a rien de plus grand que moi : je suis le doigt ordonnateur de Dieu » — ainsi hurle le monstre. Et ce ne sont pas seulement ceux qui ont de longues oreilles et des yeux courts qui tombent à genoux !

Hélas, en vous aussi, ô grandes âmes, il murmure ses sombres mensonges ! Hélas, il devine les cœurs riches qui aiment à se répandre !

Oui, il vous devine, vous aussi, vainqueurs du Dieu ancien ! Le combat vous a fatigué et maintenant votre fatigue se met au service de la nouvelle idole !

Elle voudrait placer autour d’elle des héros et des hommes honorables, la nouvelle idole ! Il aime à se chauffer au soleil de la bonne conscience, — le froid monstre !

Elle veut tout vous donner, si vous l’adorez, la nouvelle idole : Ainsi elle s’achète l’éclat de votre vertu et le fier regard de vos yeux.