Ouvrir le menu principal

Page:Nietzsche - Ainsi parlait Zarathoustra.djvu/409

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.



Pour ces hommes d’aujourd’hui je ne veux ni être lumière, ni être appelé lumière. Ceux-là — je veux les aveugler. Foudre de ma sagesse ! crève-leur les yeux !

*
*           *


8.

Ne veuillez rien au-dessus de vos forces : il y a une mauvaise fausseté chez eux qui veulent au-dessus de leurs forces.

Surtout lorsqu’ils veulent de grandes choses ! Car ils éveillent la méfiance des grandes choses, ces subtils faux-monnayeurs, ces comédiens :

— jusqu’à ce qu’enfin ils soient faux devant eux-mêmes, avec les yeux louches, bois vermoulus et revernis, attifés de grand mots et de vertus d’apparat, par un clinquant de fausses œuvres.

Soyez pleins de précautions à leur égard, ô hommes supérieurs! Rien n’est pour moi plus précieux et plus rare aujourd’hui que la probité.

Cet aujourd’hui n’appartient-il pas à la populace ? La populace cependant ne sait pas ce qui est grand, ce qui est petit, ce qui est droit et honnête : elle est innocemment tortueuse, elle ment toujours.

*
*           *


9.

Ayez aujourd’hui une bonne méfiance, hommes supérieurs ! hommes courageux ! hommes francs ! Et tenez secrètes vos raisons. Car cet aujourd’hui appartient à la populace.

Ce que la populace n’a pas appris à croire sans raison, qui pourrait le renverser auprès d’elle par des raisons ?