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Page:Nietzsche - Ainsi parlait Zarathoustra.djvu/355

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Tremblant devant les glaçons pointus des frimas,
          chassé par toi, pensée !
Innommable ! Voilée ! Effrayante !
chasseur derrière les nuages !
foudroyé par toi,
œil moqueur qui me regarde dans l’obscurité :
— ainsi je suis couché,
je me courbe et je me tords, tourmenté
par tous les martyrs éternels,
          frappé
par toi, chasseur le plus cruel,
toi, le dieu — inconnu...

Frappe plus fort !
Frappe encore une fois !
Transperce, brise ce cœur !
Pourquoi me tourmenter
de flèches épointées ?
Que regardes-tu encore,
toi que ne fatigue point la souffrance humaine,
avec un éclair divin dans tes yeux narquois ?
Tu ne veux pas tuer,
martyriser seulement, martyriser ?
Pourquoi — me martyriser ?
Dieu narquois, inconnu ? —

Ah ! ah !
Tu t’approches en rampant
au milieu de cette nuit ?...
Que veux-tu ?
Parles !
Tu me pousses et me presses —
Ah ! tu es déjà trop près !
Tu m’entends respirer,