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Page:Nietzsche - Ainsi parlait Zarathoustra.djvu/352

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— Un morceau de terre large comme la main : on peut s’y tenir debout. Dans la vraie science consciencieuse il n’y a rien de grand et rien de petit. »

« Alors tu es peut-être celui qui cherche à connaître le sangsue ? demanda Zarathoustra ; tu poursuis la sangsue jusqu’à ses causes les plus profondes, toi qui es consciencieux ? »

« Ô Zarathoustra, répondit celui sur lequel Zarathoustra avait marché, ce serait une monstruosité, comment oserais-je m’en aviser !

Mais ce dont je suis maître et connaisseur, c’est du cerveau de la sangsue : — c’est là mon univers à moi !

Et cela est aussi un univers ! Mais pardonne qu’ici mon orgueil se manifeste, car sur ce domaine je n’ai pas mon pareil. C’est pourquoi j’ai dit : « c’est ici mon domaine. »

Combien il y a de temps que je poursuis cette chose unique, le cerveau de la sangsue, afin que la vérité glissante ne m’échappe plus ! C’est ici mon royaume.

— C’est pourquoi j’ai jété tout le reste, c’est pourquoi tout le reste m’est devenu indifférent ; et tout près de ma science s’étend ma noire ignorance.

Ma conscience de l’esprit exige de moi que je sache une chose et que j’ignore tout le reste : je suis dégoûté de toutes les demi-mesures de l’esprit, de tous ceux qui sont nuageux, flottants et exaltés.

Où cesse ma probité je suis aveugle, et je veux être aveugle. Où je veux savoir cependant, je veux aussi être probe, c’est-à-dire dur, sévère, étroit, cruel, implacable.