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Page:Nietzsche - Ainsi parlait Zarathoustra.djvu/337

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Qui devra venir un jour et n’aura pas le droit de passer ? Notre grand hasard, c’est-à-dire notre grand et lointain Règne de l’Homme, le règne de Zarathoustra qui dure mille ans. — —

Si ce « lointain » est lointain encore, que m’importe ! Il n’en est pas moins solide pour moi, — confiant, des deux pieds je suis debout sur cette base,

— sur une base éternelle, sur de dures roches primitives, sur ces monts anciens, les plus hauts et les plus durs, de qui s’approchent tous les vents, comme d’une limite météorologique, s’informant des destinations et des lieux d’origine.

Ris ici, ris, ma claire et bien portante méchanceté ! Jette du haut des hautes montagnes ton scintillant rire moqueur ! Amorce avec ton scintillement les plus beaux poissons humains !

Et tout ce qui, dans toutes les mers, m’appartient à moi, ma chose à moi dans toutes les choses — prends cela pour moi, amène-moi cela là-haut : c’est ce qu’attend le plus méchant de tous les pêcheurs.

Au large, au large, mon hameçon ! Descends, vas au fond, amorce de mon bonheur ! Égoutte ta plus douce rosée, miel de mon coeur ! Mords, hameçon, au ventre toutes noire affliction.

Au large, au large, mon œil ! Ô que de mers autour de moi, quels avenirs humains à l’aurore ! Et au-dessus de moi — quel silence rosé ! Quel silence sans nuages !

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