Ouvrir le menu principal

Page:Nietzsche - Ainsi parlait Zarathoustra.djvu/335

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.



— la meilleure amorce comme les chasseurs et les pêcheurs en ont besoin. Car si le monde est comme une sombre forêt peuplée de bêtes, jardin des délices de tous les chasseurs sauvages, il me semble ressembler plutôt encore à une mer riche et sans fond, —

— une mer pleine de poissons multicolores et de crabes dont les dieux mêmes auraient envie, en sorte qu’à cause de la mer ils deviendraient pêcheurs et jetteraient leurs filets : tant le monde est riche en prodiges grands et petits !

Surtout le monde des hommes, la mer des hommes : — c’est vers elle que je jette ma ligne dorée en disant : ouvre-toi, abîme humain !

Ouvre-toi et jette-moi tes poissons et tes crabes scintillants ! Avec ma meilleure amorce j’attrape aujourd’hui pour moi les plus prodigieux poissons humains !

— je jette au loin mon bonheur même, je le jette dans tous les lointains, entre l’orient, le midi et l’occident, pour voir s’il n’y aura pas beaucoup de poissons humains qui apprendront à tirer et à se débattre au bout de mon bonheur.

Jusqu’à ce que, mordant à mon hameçon pointu et caché, il leur faille monter jusqu’à ma hauteur, les plus multicolores goujons des profondeurs auprès du plus méchant des pêcheurs de poissons humains.

Car je suis cela dès l’origine et jusqu’au fond du cœur, tirant, attirant, soulevant et élevant, un tireur, un dresseur et un éducateur, qui jadis ne s’est pas dit en vain : « Deviens qui tu es ! »

Donc, que les hommes montent maintenant auprès de moi ; car j’attends encore les signes qui me disent que le moment de ma descente est venu ; je ne descends pas encore moi-même parmi les hommes, comme il le faut.