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Page:Nietzsche - Ainsi parlait Zarathoustra.djvu/322

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2.

Voilà ce que me répondit alors la vie, en se bouchant ses délicates oreilles :

« Ô Zarathoustra ! Ne claque donc pas si épouvantablement de ton fouet ! Tu le sais bien : le bruit assassine les pensées, — et voilà que me viennent de si tendres pensées.

Nous sommes tous les deux de vrais propres à rien, de vrais fainéants. C’est par delà le bien et mal que nous avons trouvé notre île et notre verte prairie — nous les avons trouvées tout seuls à nous deux ! C’est pourquoi il faut que nous nous aimions l’un l’autre !

Et si même nous ne nous aimons pas du fond du coeur, — faut-il donc s’en vouloir, quand on ne s’aime pas du fond du coeur ?

Et que je t’aime, que je t’aime souvent trop, c’est ce que tu sais : et la raison en est que je suis jaloux de ta sagesse. Ah ! cette vieille folle sagesse !

Si une fois ta sagesse se sauvait de toi, hélas ! vite mon amour, lui aussi, se sauverait de toi. » —

Alors la vie regarda pensive derrière elle et autour d’elle et elle dit à voix basse : « Ô Zarathoustra, tu ne m’es pas assez fidèle !

Il s’en faut de beaucoup que tu ne m’aimes autant que tu le dis ; je sais que tu songes à me quitter bientôt.

Il y a un vieux bourdon, lourd, très lourd : il sonne la nuit là-haut, jusque dans ta caverne : —

— Quand tu entends cette cloche sonner les heures à minuit, tu songes à me quitter entre une heure et minuit : —