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Page:Nietzsche - Ainsi parlait Zarathoustra.djvu/307

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Et quand une fois tu serras éveillé, tu le resteras éternellement. Ce n’est pas mon habitude de réveiller des aïeules de leur sommeil, pour leur dire — de se rendormir !

Tu bouges, tu t’étires et tu râles ? Lève-toi ! tu ne dois pas râler — tu dois me parler ! Zarathoustra t’appelle Zarathoustra l’impie !

Moi Zarathoustra, l’affirmateur de la vie, l’affirmateur de la douleur, l’affirmateur du cercle — c’est toi que j’appelle, toi la plus profonde de mes pensées !

Salut à moi ! Tu viens, — je t’entends ! Mon abîme parle. J’ai retourné vers la lumière ma dernière profondeur !

Salut à moi ! Viens ! Donne-moi la main — — Ah ! Laisse ! Ah ! Ah ! — — Dégoût ! Dégoût ! Dégoût ! — — — Malheur à moi !

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2.

Mais à peine Zarathoustra avait-il dit ces mots qu’il tomba par terre comme un mort, et il resta longtemps comme mort. Lorsqu’il revint à lui, il était pâle et tremblant, et il resta couché et ne voulut longtemps ni manger ni boire. Ceci dura pendant sept jours ; ses animaux cependant ne le quittèrent ni le jour ni la nuit, si ce n’est que l’aigle s’éleva dans les airs pour chercher de la nourriture. Et il déposait sur la couche de Zarathoustra tout ce qu’il trouvait et ce qu’il arrivait à prendre : en sorte que Zarathoustra finit par être couché sous des baies jaunes et rouges, des grappes, des pommes d’api, des herbes odorantes et des pommes de pins. Mais à ses pieds, deux brebis que l’aigle avait péniblement dérobées à leurs bergers étaient étendues.