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Page:Nietzsche - Ainsi parlait Zarathoustra.djvu/293

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17.

La barque est prête, — elle vogue là-bas de l’autre côté, peut-être vers le grand néant. — Mais qui veut s’embarquer vers ce « peut-être » ?

Personne de vous ne veut s’embarquer sur la barque de mort ! Pourquoi voulez-vous alors être fatigués du monde !

Fatigués du monde ! Et vous n’êtes pas même encore ravis à la terre ! Je vous ai toujours trouvés désireux de la terre, amoureux de votre propre fatigue de la terre !

Ce n’est pas en vain que vous avez la lèvre pendante : un petit souhait terrestre lui pèse encore ! Et dans votre regard ne flotte-t-il pas un petit nuage de joie terrestre que vous n’avez pas encore oubliée ?

Il y a sur terre beaucoup de bonnes inventions, les unes utiles, les autres agréables : c’est pourquoi il faut aimer la terre.

Et quelques inventions sont si bonnes qu’elles sont comme le sein de la femme, à la fois utiles et agréables.

Mais vous autres qui êtes fatigués du monde et paresseux ! Il faut vous caresser de verges ! à coups de verges il faut vous rendre les jambes alertes.

Car si vous n’êtes pas des malades et des créatures usées, dont la terre est fatiguée, vous êtes de rusés paresseux ou bien des jouisseurs, des chats gourmands et sournois. Et si vous ne voulez pas recommencer à courir joyeusement, vous devez — disparaître !

Il ne faut pas vouloir être le médecin des incurables : ainsi enseigne Zarathoustra : — disparaissez donc !