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Page:Nietzsche - Ainsi parlait Zarathoustra.djvu/245

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Quand j’aime quelqu’un, je l’aime en hiver mieux qu’en été ; je me moque mieux de mes ennemis et plus courageusement, depuis que l’hiver est dans la maison.

Courageusement, en vérité, même quand je me blottis dans mon lit — : même alors mon bonheur retiré rit et fanfaronne encore, et mon rêve mensonger se met à rire.

Ramperai-je ? Jamais encore, dans ma vie je n’ai rampé devant les puissants ; et si j’ai jamais menti, c’était par amour. C’est pourquoi je suis content même dans un lit d’hiver.

Un lit ordinaire me chauffe mieux qu’un lit luxueux, car je suis jaloux de ma pauvreté. Et c’est en hiver que ma pauvreté m’est le plus fidèle.

Je commence chaque jour avec une méchanceté, je me moque de l’hiver avec un bain froid : c’est ce qui fait grogner mon ami sévère.

J’aime aussi à le chatouiller avec un petit cierge : afin qu’il permette enfin au ciel de sortir de l’aube cendrée.

Car c’est surtout le matin que je suis méchant : à la première heure, quand les seaux grincent à la fontaine, et que les chevaux hennissent par les rues grises : —

J’attends alors avec impatience que le ciel lumineux se lève, le ciel d’hiver à la barbe grise, le vieillard à la tête blanche, —

— le ciel d’hiver, silencieux, qui tait parfois même son soleil !

Est-ce de lui que j’ai appris les longs silences lumineux ? Ou bien est-ce de moi qu’il les a appris ? Ou bien chacun de nous les a-t-il inventés lui-même ?