Ouvrir le menu principal

Page:Nietzsche - Ainsi parlait Zarathoustra.djvu/239

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.



Ils apprennent aussi à marcher à leur manière et à marcher en avant : c’est ce que j’appelle aller clopin-clopant. — C’est ainsi qu’ils sont un obstacle à tous ceux qui se hâtent.

Et il y en a qui vont en avant, regardant en arrière, le cou tendu : volontiers je me heurterai à de tels corps.

Les pieds et les yeux ne doivent ni mentir ni se démentir. Mais il y a beaucoup de mensonges parmi les petites gens.

Quelques-uns d’entre eux veulent, mais la plupart ne sont que voulus. Quelques-uns d’entre eux sont sincères, mais la plupart sont de mauvais comédiens.

Il y a parmi eux des comédiens sans le savoir et des comédiens sans le vouloir —, ceux qui sont sincères sont toujours rares, surtout les comédienst sincères.

Les qualités de l’homme sont rares ici : c’est pourquoi les femmes se masculinisent. Car celui seulement qui est assez homme affranchira dans la femme — la femme.

Et voici la pire des hypocrisies que j’ai trouvée parmi eux : même ceux qui ordonnent feignent les vertus de ceux qui obéissent.

« Je sers, tu sers, nous servons, » — ainsi psalmodie, là aussi, l’hypocrisie des dominants, — et malheur ! quand le premier maître n’est que le premier serviteur !

Hélas ! la curiosité de mon regard s’est égarée vers leur hypocrisie ; et j’ai bien deviné leur bonheur de mouche et leur bourdonnement vers les vitres ensoleillées.

Tant il y a de bonté, tant de faiblesse ! Tant de justice et de compassion, tant de faiblesse !