Ouvrir le menu principal

Page:Nietzsche - Ainsi parlait Zarathoustra.djvu/232

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.



N’es-tu pas la lumière jaillie de mon feu ? n’es-tu pas l’âme-sœur de mon intelligence ?

Nous avons tout appris ensemble ; ensemble nous avons appris à nous élever au-dessus de nous, vers nous-mêmes et à sourire, sans nuages : —

— à sourire vers en bas, sans nuages, au travers des yeux clairs et des lointains immenses, quand au-dessous de nous bouillonnent comme la pluie, la contrainte et le but et la faute.

Et quand je marchais seul, de quoi mon âme avait-elle faim dans les nuits et sur les sentiers de l’erreur ? Et quand je gravissais des montagnes qui cherché-je sur les sommets, si ce n’est toi ?

Et tous mes voyages et toutes mes ascensions : qu’étaient-ce autre chose qu’un besoin et un expédient pour le malhabile ? — toute ma volonté ne veut que voler, voler dans le ciel!

Et qu’est-ce que je haïssais plus que les nuages qui passent et tout ce qui te ternit ? Et je haïssais même ma propre haine puisqu’elle te ternissait !

J’en veux aux nuages qui passent, ces chats sauvages qui rampent : ils nous prennent à nous deux ce que nous est commun, — l’immense et infinie affirmation des choses.

Nous en voulons à ces médiateurs et à ces mêleurs, les nuages qui passent : à ces êtres mixtes et indécis, qui ne savent ni bénir ni maudire du fond du cœur.

Je préfère encore être assis dans une tonne sans voir le ciel, ou dans un abîme, que de te voir toi, ciel de lumière, terni par les nuages qui passent !