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Page:Nietzsche - Ainsi parlait Zarathoustra.djvu/190

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J’avais renoncé à toute espèce de vie ; tel fut mon rêve. J’étais devenu veilleur et gardien des tombes, là-bas sur la solitaire montagne du château de la Mort.

C’est là-haut que je gardais les cercueils de la Mort : les sombres voûtes étaient pleines de ces trophées de victoire. À travers les cercueils de verre les vies vaincues me regardaient.

Je respirais l’odeur d’éternités en poussières : mon âme était là, lourde et poussiéreuse. Et qui donc aurait pu alléger son âme ?

La clarté de minuit était toujours autour de moi et, accroupie à ses côtés, la solitude ; et de plus un râlant silence de mort, le pire de mes amis.

Je portais des clefs avec moi, les plus rouillées de toutes les clefs ; et je savais ouvrir avec elles les portes les plus grinçantes.

Pareils à des cris rauques et méchants, les sons couraient par de longs corridors, quand s’ouvraient les ailes de la porte : l’oiseau avait de mauvais cris, il ne voulait pas être réveillé.

Mais c’était plus épouvantable encore, et mon cœur se serrait davantage quand tout se taisait et que revenait le silence et que seul j’étais assis dans ce silence perfide.

C’est ainsi que se passa le temps, lentement, s’il peut encore être question de temps : qu’en sais-je, moi ! Mais enfin eut lieu ce qui me réveilla.

Trois fois des coups frappèrent à la porte, ainsi que le tonnerre, les voûtes retentirent et hurlèrent trois fois de suite : alors je m’approchai de la porte.