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Page:Nietzsche - Ainsi parlait Zarathoustra.djvu/184

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Tu bois abondamment à la mer : c’est ce que révèle le sel de ta faconde ! En vérité, pour un chien des profondeurs tu prends trop ta nourriture de la surface !

Je te prends tout au plus pour le ventriloque de la terre, et toujours, lorsque j’ai entendu parler les démons de révolte et d’immondice, je les ai trouvés semblables à toi, avec ton sel, tes mensonges et ta platitude.

Vous savez hurler et obscurcir avec des cendre s! Vous êtes les meilleures gueules, et vous avez suffisamment appris l’art de faire bouillir la fange.

Partout où vous êtes, il faut toujours qu’il y ait de la fange auprès de vous, et des choses spongieuses, étouffantes et resserrées. Ce sont elles qui veulent être mises en liberté.

« Liberté ! » c’est votre cri préféré : mais j’ai désappris la foi aux « grands événements », dès qu’il y a beaucoup de hurlements et de fumée autour d’eux.

Crois-moi bien, bruit de l’enfer ! les plus grands événements — ce ne sont pas ceux qui font le plus de bruit, mais ce sont nos heures les plus silencieuses.

Ce n’est pas autour des inventeurs de bruits nouveaux, c’est autour des inventeurs de valeurs nouvelles que tourne le monde ; il tourne sans bruit.

Et avoue-le donc ! Il n’était toujours arrivé que peu de choses lorsque ton bruit et ta fumée se dissipaient ! Qu’importe qu’une ville soit devenue momie et qu’une colonne soit couchée dans la fange !

Et j’ajoute encore ces paroles pour les destructeurs de colonnes. C’est bien la plus grande folie de jeter du sel dans la mer et des colonnes dans la fange.