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Page:Nietzsche - Ainsi parlait Zarathoustra.djvu/114

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Sauriez-vous imaginer un Dieu ? — Mais que ceci signifie pour vous la volonté du vrai que tout soit transformé pour vous en ce que l’homme peut penser, voir et sentir ! Vous devez penser jusqu’au bout vos propres sens !

Et ce que vous appeliez monde doit être d’abord créé par vous : votre raison, votre image, votre volonté, votre amour doivent devenir votre monde même ! Et, vraiment, ce sera pour votre félicité, vous qui cherchez la connaissance !

Et comment supporteriez-vous la vie sans cet espoir, vous qui cherchez la connaissance ? Vous ne devriez être invétérés ni dans ce qui est incompréhensible, ni dans ce qui est irraisonnable.

Mais je vous révèle tout mon coeur, ô mes amis: s’il existait des dieux, comment supporterai-je de ne pas être un dieu ! Donc il n’y a point de dieux.

C’est moi qui ai tiré cette conséquence, cela est vrai ; mais maintenant elle me tire moi-même. —

Dieu est une conjecture : mais qui donc boirait sans en mourir tous les tourments de cette conjecture ? Veut-on prendre sa foi au créateur, et à l’aigle son vol dans les lointains ?

Dieu est une pensée qui courbe tout ce qui est droit, qui fait tourner tout ce qui est debout. Comment ? Le temps n’existerait-il plus et tout ce qui est périssable serait mensonge ?

Penser cela n’est que tourbillon et vertige des ossements humains et l’estomac en prend des nausées : en vérité conjecturer ainsi serait avoir le tournis.

J’appelle cela méchant et inhumain : tout cet enseignement de l’unique, du rempli, de l’immobile, du rassasié et de l’immuable.