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APPENDICE.

Agar. Il arrive alors, assez fréquemment, que la première épouse perd son rang et ses privilèges, et que l’autre devient la grande dame ; son titre de favorite du maître lui attire de la part de sa rivale ou de ses rivales, ainsi que de celle de toutes les femmes du harem et des femmes qui viennent y faire visite, toutes les marques extérieures de respect dont jouissait autrefois celle à laquelle elle succède ; mais il n’est pas rare que le poison vienne détruire cette prééminence. Lorsqu’un homme accorde cette préférence à une deuxième femme, il s’ensuit souvent que la première est déclarée nashizeh[1], soit par son mari, ou à sa propre requête faite au magistrat. Cependant, il y a un grand nombre d’exemples de femmes délaissées qui agissent avec une soumission exemplaire envers leurs maris, et qui sont prévenantes envers la favorite.

Quelques femmes ont des esclaves qui sont leur propriété et qui ont été achetées pour elles, ou qu’elles ont reçues en cadeau avant leur mariage. Celles-ci ne peuvent servir de concubines au mari que du consentement de leur maîtresse. Cette permission est quelquefois accordée, mais ce cas est rare ; il est des femmes qui ne permettent pas même à leurs esclaves femelles de paraître sans voile devant leur mari. Si une esclave, devenue la concubine du mari sans le consentement de sa femme, lui donne un enfant, cet enfant est esclave, à moins qu’avant la naissance de cet enfant, l’esclave n’ait été vendue ou donnée au père.

Les esclaves blanches sont ordinairement possédées par les Turcs riches. Les esclaves concubines ne peuvent être idolâtres ;

  1. Lorsqu’une femme refuse refuse d’obéir aux ordres légaux de son mari, il peut (et généralement cela se pratique) la conduire, accompagné de deux témoins, devant le cadi, où il porte plainte contre elle ; si le cas est reconnu vrai, la femme est déclarée par un acte écrit nashizeh, c’est-à-dire rebelle à son mari ;  : cette déclaration exempte le mari de loger, vêtir et entretenir sa femme. Il n’est pas forcé au divorce, et peut, en refusant de divorcer, empêcher sa femme de se remarier tant qu’il vit. Si elle promet de se soumettre par la suite, elle rentre dans ses droits d’épouse, mais il peut ensuite prononcer le divorce.