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Page:Nerciat - Les Aphrodites, 1864.djvu/226

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LES APHRODITES

Madame Durut. — Va-t’en voir s’ils viennent !…

La Marquise. — Durut, Durut, tu te gâtes ; tu n’es plus une bonne aristocrate comme cet hiver !

Madame Durut. — Voilà précisément le mot de tous ceux à qui la tête tourne. Dès qu’on ne croit pas à leurs nouvelles, qui ressemblent fort aux Mille et une Nuits, on n’est pas bon à jeter aux chiens. Et qui me fait donc vivre, moi, si ce n’est la chère aristocratie ? La fichue nation nous apporte-t-elle un écu ? Est-ce ici que les infâmes jacobins dépensent l’argent qu’ils puisent à pleins sacs dans les coffres publics ? Non, tout cela s’éparpille en petits écus parmi les culs crottés et les sans-culottes. Je suis, et m’en pique, aristocrate à pendre ; mais je n’ai pas mis mes bésicles à l’envers, et je vois que de longtemps… nous ne verrons rien. La politique n’est pas de ma partie ; je consens pourtant qu’il n’y ait plus de vits[1] pour moi sur la terre ; si la contre-

  1. À ce serment sacré, on reconnaît que madame Durut était inspirée : il n’est pas étonnant qu’elle ait prophétisé.