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le commentaire le plus fin et le plus pénétrant, et, qu’on me passe la petite pédanterie du néologisme, la meilleure leçon d’esthétique pour qui saura la comprendre. Dans ce duel où il s’agit de contraindre l’auteur à subir le changement de son langage antique en une langue moderne, le traducteur n’aborde point son adversaire avant d’en avoir étudié longtemps, profondément, l’art et le caractère dans le moindre détail. C’est alors qu’il tâche de le saisir et de s’en rendre maître ; et il parvient, tantôt par la difficulté vaincue, tantôt par l’effort même qui n’a réussi qu’à demi, sinon à rendre dans toute leur énergie, du moins à faire ressortir, à indiquer d’une manière sensible l’expression saillante, les intentions, les nuances, les délicatesses qui nous auraient échappé dans une lecture courante et moins réfléchie. S’il venait un temps où les traductions des chefs-d’œuvre de la Grèce et de Rome ne rencontreraient plus que des gens à qui la langue originale fût tout à fait étrangère, une de leurs fins les plus élevées leur manquerait, l’éducation des esprits pencherait vers la décadence.

M. Burnouf était un de ces doctes, ingénieux, puissants commentateurs, dans ses belles et fidèles traductions ; et il les entourait d’un cortège de notes historiques, complément si intéressant et si bien adapté, qu’il semblait réparer un oubli de l’auteur même.

S’il fallait me prononcer entre les deux traducteurs de Tacite, à ceux qui ne sauraient converser avec lui que par l’intermédiaire d’un trucheman français, et qui doivent se contenter de prendre une idée générale du fond de sa narration et des allures de son esprit, comme on retrouve une peinture de Michel-Ange dans une gravure où l’artiste s’est attaché à marquer vigoureusement l’ensemble et le mouvement des figures, je conseillerais