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homicide. Vaincu par la musique, par la révélation de l’infinie bonté dont son père lui donne alors le spectacle, Anthime ne presse point la gâchette ; le pistolet tombe de ses mains et, finalement, Suire, le meunier du moulin de la Bigne, en traversant la forêt, voit passer auprès de lui, dans le fourré, " deux hommes qui ne l’avaient pas vu " et qui " s’en allaient côte à côte tout doucement ", Timothée et Anthime, réconciliés dans le pardon et dans la détresse.

Tel ce livre : une histoire de famille réduite à l’essentiel ; peu d’épisodes ; nulle passion effrénée, violente comme en vivaient les jeunes gens du temps du romantisme ; mais un développement sobre à l’excès, d’une ligne nue, pure, sévère, où tout est très simplement amené, décrit encore plus simplement. La nature, dont l’auteur ressent admirablement les aspects multiples, les nuances délicates, enbaume toutes les pages. L’odeur de moisissure des vieilles gentilhommières livrées à l’abandon se fond elle-même à la saine, à la large senteur des forêts. Le falot des Lourdines, dans un tel décor et sur un tel fond, n’est d’abord qu’un chétif et résigné bonhomme. Mais peu à peu, à mesure que se presse l’action, ce bonhomme s’anime, prend une ampleur saisissante et haute.

M. de Châteaubriant n’a voulu attribuer aucune signification symbolique à son héros. Mais, tout de même, qu’eût dit Stendhal, en passant entre 1837 et 40, du côté du bocage poitevin, à voir ce père et ce fils pleurer au pied d’un calvaire, sur les débris de leur vaste domaine dispersé ? Il eût entrevu les temps où c’en serait fait enfin des grandes et belles terres que d’antiques possesseurs cultivaient, soignaient, défendaient avec un si vif et si touchant orgueil.

De ces petits hobereaux de jadis, si candides et si simples, M. des Lourdines a été le dernier ; nulle figure plus que la sienne n’était digne d’inspirer un beau livre, et, ce beau livre, M. Alphonse de Châteaubriant l’a écrit.


E. P.