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NOTES 791

moraliste dont l'expérience sa résume en une philosophie spiri- tuelle et détachée.

V Associée est un livre plein d'esprit, d'ingéniosité, de talent ; un livre de beaucoup d'aplomb et même d'autorité, de beau- coup à^inteWtgence. De trop d'intelligence, peut-être. Car il me semble, en le lisant, que la description psychologique y rem- place presque toujours la peinture des sentiments; que la théorie y supplante l'action ; l'explication le drame ; et que la netteté d'esprit de l'auteur, sa clairvoyance nous séparent, pour ainsi dire, de ses personnages. Je sais bien que leur caractère est de raisonner beaucoup et qu'à force de raisonnement ils arrivent à s'isoler d'eux-mêmes, c'est-à-dire à ne plus ressentir très à fond ce qu'ils ressentent ; je sais qu'en regard du tragique obscur on peut concevoir un tragique lucide, un tragique de spéculation et de conversation, dont le ressort serait précisément dans cette déperdition des forces profondes par l'abus de la raison, dans ce déracinement de l'esprit. Et je pense que Lucien Muhlfeld, en écrivant V Associée, s'appliquait moins à composer un vrai roman qu'à conduire une analyse, où sa maîtrise éclate.

Aussi n'entendais-je pas, tout à l'heure, formuler une critique, mais exprimer un goût personnel... J'aime les livres où l'on sent que l'auteur est entré presque malgré lui, par une fièvre, un désir, un besoin de peindre certaines figures, de partager certaines aventures, de souffrir certaines passions, de sj-mpathiser avec une vie étrangère qui ne lui est pas encore tout entière connue. Il s'avance dans son œuvre à tâtons, avec l'anxiété, le tremblement et l'exaltation de la découverte. L'élan de son esprit recule les confins de la poursuite, au lieu de les rappro- cher. Il n'est pas toujours sûr de comprendre ce qui se crée autour de lui. Je ne suis jamais certain d'avoir épuisé le sens de sa parole. Tant nous avons besoin, l'un et l'autre, d'intelli- gence et de mystère, c'est-à-dire de vérité. Et s'il s'efforce constamment de maîtriser son sujet, cependant pour me satis- faire il faudra qu'il n'y réussisse pas toujours, qu'il n'y réussisse

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