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d'aDDIS-ABEBA a DJIBOUTI 689

haies vertes, puis une à une, disparaître dans le village. Le soleil est déjà chaud. Point d'ombre dans le taillis court, épineux, où nous nous engageons. Une poudre épaisse se lève sous le sabot des mulets. Je reconnais l'oued profond et encaissé qui hier m'arrêta. Les éboulis d'un cône d'érosion nous permettent aujourd'hui d'en gagner le fond desséché. De l'autre côté, nous retrouvons les mimosas au feuillage clair que la lumière vive pénètre et transperce ; jusqu'à l'étape de Ménabella, nous chemi- nerons entre leurs bouquets espacés. Des aloès, parfois, hérissent leurs crocs barbelés au milieu des hautes herbes d'où bondissent, à notre approche, des lièvres dont on a tout juste le temps d'entrevoir le derrière blanc et fugitif. Au fond du paysage, le massif du Kassam étage peu à peu au-dessus de l'horizon ses cimes successives que découpe d'un trait net l'immobile et précise lumière. Nous croisons des passants : gosse nu poussant devant lui un troupeau de chèvres brunes, aux oreilles pendantes ; groupe de femmes qui vont ramasser du bois, ou bien quelque couple en voyage. L'homme marche devant, le torse roulé dans une ample pièce de coton, sa lance et son bâton sur l'épaule ; la femme suit, trimballant des bardes, la corbeille pointue où l'on serre les provisions, la calebasse qui fait office de gourde : d'un pli de sa robe émerge la tête du petit enfant porté en sautoir. Une vieille sauvagesse, que nous rencontrons au tournant du chemin, à notre vue se jette à plat ventre, la face contre terre, à ce point épou- vantée qu'elle laisse passer toute la caravane sans oser relever la tête. Si prompts au quolibet, les hommes à peine y prennent garde, tant les absorbe la bruyante dis- cussion où dès avoir quitté le campement ils se sont tous

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