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684 LA NOUVELLE REVUE FRANÇAISE

jarres de terre rouge dont tous les toits abyssins sont coiffés. Les carrés de verdure garnissent toute la crête : pourtant nous ne rencontrons âme qui vive, sinon quel- ques chiens gallas au museau effilé, au poil roux qui flairent d'un air méfiant les jarrets de nos bêtes. — Nous regagnons la plaine en descendant d'énormes bancs de grès qui forment l'ossature du mamelon et sortent à demi de terre, comme des gradins disposés tout exprès.

Campement au pied de la colline dans un taillis de mimosas grêles dont l'écorce vert-clair, se décollant par places, laisse voir l'aubier couleur de sang. Leur feuillage transparent, d'un blanc laiteux, n'arrête pas le soleil. Une fine dentelle d'ombre flotte sur les épines, longues d'un doigt, dont l'herbe chaude est jonchée. Point d'eau cou- rante aujourd'hui, mais une mare stagnante et bourbeuse, qu'une banquette de terre et une zériba défendent jalou- sement. Comme nous en approchons, un chacal file devant nous, éperdu, la queue basse, et disparaît dans le fourré. L'endroit est affi-eux ; de toutes parts exposé aux flammes de Midi ; mais l'eau est rare dans la région : ici, du moins, l'abreuvoir nous en fournira à suffisance. — Quelques seaux qu'on y puise, cependant, créent un incident. Brusquement, nous voyons dévaler du haut de la colline un grand vieillard, la barbe au vent, l'air furieux, si agité que son manteau se soulève tout droit derrière lui. En un moment, il est sur les boys et les prenant par l'épaule, tirant l'un, poussant l'autre, les rejette vive- ment loin de la mare, non sans leur adresser les plus volu- biles et véhéments reproches. Un instant interdits, mes gens se ressaisissent bientôt et protestent. Le vieux ne cède pas ; il frappe le sol avec énergie du bout de son bâton et

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