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664 LA NOUVELLE REVUE FRANÇAISE

autour de nous, commence à se garnir. Des touffes d'aloès rouge et vert jaillissent entre les roches ; les fourrés épi- neux se rapprochent et se confondent. J'aperçois les premiers mimosas-parasols : de toutes parts, les petites fleurs roses des acacias nains répandent ce parfum fragile et suave qui ne s'exhale qu'au matin et vers le soir. On ne voit plus la plaine des Addas. L'écran d'une haute falaise, qui se développe sur notre droite, parallèlement à l'Errer, nous masque peu à peu l'horizon. Dans l'ample vallée ainsi creusée, la route, parmi les broussailles et les aloès, descend, s'incline, suit une pente de plus en plus rapide. Un coude brusque, et nous nous engageons dans un étroit canon, une crevasse béante, ouverte dans la terre noire et qui graduellement s'élargit entre des berges fouillées, creu- sées par le flot qui, à la saison pluvieuse, se déverse des hauteurs. De grands arbres poussent sur ses bords, à dix mètres au-dessus de nous : leur ombre fine flotte sur les sables, les bancs de cailloux, les laisses de broussailles et de branches, tout cela qui est roux de cuivre, desséché, couvert de poussière. Sortis de là en grimpant au long d'un éboulis, nous nous trouvons inopinément dans la plaine des Addas, qui resplendit sous la clarté chaude. Derrière nous, haut dans le ciel, l'arête aiguë de l'Errer, toute éclatante de soleil, se dresse contre l'azur serré : une dernière nuée blanche s'efiiloche à son sommet. — A cinquante pas devant moi, sur la piste, une compagnie de pintades paît tranquillement. On n'en voit que les gros dos en boule, d'un bleu de prune, qui se pressent. Au premier coup de feu, la bande s'enlève en graillant, prend le large, puis se laissant glisser dans l'air, les ailes en faux, s'abat à nouveau. Je les suis en me défilant derrière les

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