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632 LA NOUVELLE REVUE FRANÇAISE

le sens symbolique de cette action et de ces person- nages ; en vain s'émerveille-t-il de voir reparaître, après un siècle, la philosophie de Rousseau. Le Cadavre vivant ne nous présente que des marionnettes bien intentionnées.

Il ne faut parler de Tolstoï qu'avec respect. C'est une si grande figure qu'elle échappe aux communes mesures de la louange et du blâme. S'il écrivit le Cadavre vivant, c'est par une sorte d'entraînement qu'il réprouvait lui-même, par un sursaut de son instinct de romancier qu'il essayait vainement d'étouffer en lui. Il avait depuis longtemps condamné une activité purement littéraire et il en avait dénoncé la vanité. Aussi refusa-t-il toujours de laisser publier sa pièce, et sans doute eût-il considéré comme indifférentes les critiques littéraires.

Notre point de vue n'est donc pas celui de l'auteur, mais il est difficile de se placer au sien. Nous croirions ne point aimer ainsi qu'il convient une œuvre comme Guerre et Paix si nous ne marquions pas combien nous sommes sensibles à l'extraordinaire hauteur où les grandes oeuvres de Tolstoï s'élèvent au-dessus de ses autres ouvrages.

J. S.

Citons ce passage du feuilleton que Louis Nazzi consacre à la pièce de Tolstoï :

"Je ne veux point dire que Le Cadavre vivant est un drame parfait, conçu et charpenté selon les lois organiques de l'art théâtral. Il est également éloigné d'être une œuvre doctrinale et de paraître une forte réussite dramatique. Il ne faut voir dans cette succession de scènes brèves et saillantes, arbitraire- ment juxtaposées, que le jeu inconscient et désintéressé d'un grand artiste-né, d'un titan de la notation psychologique. Il n'est pas d'œuvre moins voulue, moins approfondie, moins concertée. Le Cadavre vivant n'a été, dans le cerveau de Tolstoï, que la soudaine cristallisation d'impressions suscitées par le choc de la réalité et que la perception rapide et nette

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