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6l6 LA NOUVELLE REVUE FRANÇAISE

autres ressemblent à ces prétentieux monuments qu'on édifie, dans les cimetières de campagne, aux notables de l'endroit. Ils ne prolongent pas le souvenir du défunt dans la mémoire du village, mais ils l'empêchent de bénéficier de la tranquillité de la mort.

Parmi les historiens académiques, il faut en mettre pourtant deux à part : Albert Sorel (dont à vrai dire le principal titre, plutôt que son gros ouvrage sur l'Europe et la Révolution Française, est son petit livre sur Montesquieu) et aussi cet Henri Houssaye qui vient de mourir. Il est très embarrassant de dire ce qu'ont de remarquable les livres de Houssaye. Mais le fait est qu'ils intéressent. Peut-être cela tient-il à la simplicité du récit qui, sans les amplifier, cerne et met en bonne lumière d'admirables événements. Il n'y a pas, dans ces Hvres sur 1814, 1815, de " portraits" de Napoléon, ni de ses maréchaux. Dans une bonne langue, non pas très écla- tante ni très individuelle, mais enfin solide et vivante, Houssaye nous raconte l'agonie militaire de Napoléon. Il n'est pas de plus grand sujet.

Ce sont les choses qui louent. Rien n'est plus vrai de Napoléon. On ne peut même se défendre de quelque faiblesse pour Frédéric Masson, parce qu'il a patiemment ramassé, collectionné mille petits détails sur l'Empereur. Ce n'est pas, bien entendu, qu'il soit capable de pénétrer dans cet esprit, de faire le portrait de cette intelligence (ce qu'on a écrit de meilleur sur l'intelligence napoléonienne se trouve, par aventure, dans un livre du physicien Pierre Duhem : la Théorie physique ; sa structure). Mais c'est le privilège des très grands hommes, qu'on s'intéresse aux plus menus détails de leur existence, et que nous soyons curieux de leurs maladies et de leur régime. M. Paul Frémaux a fait un livre qu'on lit avidement. Il s'appelle " Dans la chambre de Napoléon mou- rant. " Il a suffi à M. Frémaux pour écrire ce livre, de coUiger les bulletins de santé qu'ont écrits les médecins de Napoléon. Il a suffi de même à M. Frédéric Masson pour faire un livre agréable sur Napoléon, de transcrire le catalogue de sa garde- robe, de nous révéler que l'Empereur se lavait à l'eau de

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