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La lune se leva lentement à l’horizon et ses rayons vinrent se jouer dans la voilure. Je vis tout à coup des larmes ruisseler sur le visage de Zambinelli. Des sanglots, entrecoupés de plaintes déchirantes, secouaient sa poitrine. J’avoue qu’à ce moment je le trouvai comédien et qu’une vague méfiance m’envahit. Mais je me souvins à temps que les Italiens sont ainsi faits et que chez eux les troubles de l’âme sont accompagnés de plus de manifestations extérieures que chez les autres hommes. Je repris patience, convaincu que ces larmes s’épuiseraient en raison même de leur abondance. En effet, comme je gardais le silence et suivais d’un air gêné les ricochets des rayons lunaires sur la crête des vagues, Zambinelli finit par relever la tête. Il s’essuya les yeux avec ses manchettes, défripa son jabot, admira inconsciemment le clair de lune, puis, d’une voix où tremblait encore l’accent de la douleur, il dit :

— J’implore humblement le pardon de Votre Altesse pour m’être laissé aller à cet accès de sensibilité. Cela m’a empêché de continuer le récit de mes infortunes et d’en amuser Votre Seigneurie. Qu’elle m’en absolve. Mon cœur se fond chaque fois que je pense à Giula.

Zambinelli s’assit plus commodément sur les cordes. Il s’accouda avec nonchalance et ses yeux reflétèrent un instant la lune. Puis, il tira un dernier soupir du fond de sa poitrine, et continua comme il suit.

Suite du récit de Zambinelli, où l’on apprend qui était Giula et ce qu’il advint des captifs vénitiens.

— Giula, Monseigneur, était le nom de ma belle religieuse. Avec quatre de ces compagnes, elle fut vendue à