Ouvrir le menu principal
Cette page n’a pas encore été corrigée



“ Elle recommença le lendemain, narguant la mort, Excellence, pour nous alimenter. Telle est la charité chrétienne. Enfin, un jour, pensant sans doute que nous avions assez jeûné, le capitaine nous fit détacher. Nous tombâmes tout d’une pièce sur le pont. On nous ranima et, peu après, un substantiel repas nous redonna des forces, car on voulait que nous arrivassions en bon état à Tripoli.

“ La religieuse, dont nous n’avions pu distinguer les traits, car elle faisait de nuit son charitable voyage et, le jour, on la forçait à se voiler la figure, se fit connaître de nous par la joie qu’elle laissa éclater à notre délivrance. Profitant d’un moment où ses gardiens regardaient la côte qu’on venait de signaler, elle souleva son voile. Mon prince, elle était si belle, que nous pensâmes tomber derechef en pâmoison. Ah ! mon seigneur, che bellezza ! Une Vénitienne, mignonne et bien faite, avec des tresses d’un blond… ”

Ce détail m’émut : “ Blonde ? ” lui dis-je.

— Oui, Excellence, et de quel blond ! Avez-vous jamais connu de blonde ?

— Non, signor, et je voudrais bien en rencontrer une…

— Eh bien. Altesse, celle-ci était la reine des blondes. Vous eussiez dit d’un rayon de soleil d’automne, tant ses cheveux étaient dorés. Et avec cela, longs, longs…

— Je croyais, dis-je, qu’on coupait les cheveux aux religieuses ?

Si, si, e vero, mais, monseigneur, celle-ci était la fille d’un doge et pour elle on avait fait une exception. Je reprends. Où en étais-je ? Ah ! si ! cette Vénitienne nous fit signe, à mes amis les Français et à moi, de nous taire. Puis, posant une main sur son cœur et levant les yeux au