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LORD CHESTERFIELD 56 1

la merveilleuse érudition de son père, trop impatiente, le lui enseignait d'avance. Sans cesse, on lui conseillait d'avoir les yeux ouverts sur le grand livre du monde, sans cesse on lui rappelait que le but d'un jeune homme de bonne éducation était de plaire, et que plaire était réussir. Au bout de quelques années Philippe revint à Londres : c'était im grand dadais, gauche, lourd, pédant et ne rêvant que de hâter sa consomption aux bras de son Eugenia de rencontre, tranquille, loin du monde, de ses succès et de ses tracas. Lord Chesterfield le fit débuter aux Communes, et bientôt il n'eut plus aucune illusion, son fils était Bouchet plus que Stanhope, il se permettait en secret de mépriser son père et d'écrire en marge de ses lettres : " Bon pour la France ou l'Italie, non pour l'Angleterre ". Avec une délicatesse admirable, le vieux Lord cacha sa propre déconvenue pour consoler son fils de ses échecs. Il le fit envoyer à Ratisbonne, puis à Dresde, et les lettres deviennent de vrais traités de diplomatie. Le corps de Philippe ne se montra pas de meilleure trempe que son esprit et enfin il mourut. Le châtiment des Chesterfield, c'est d'avoir des enfants de M"® du Bouchet et de s'y attacher.

Ce que dut être le désespoir du vieux père, nous ne le saurons jamais. Il était de trop bonne race pour se laisser abattre et surtout pour faire étalage de sa douleur. Mais si l'expression " roman de la paternité " pouvait s'écrire, on aimerait à l'appliquer à ces rapports entre Chesterfield et Philippe Stanhope, tels qu'on peut les suivre dans la cor- respondance, et on se laisserait aller à éprouver devant la détresse de ce vieillard un peu de cette émotion et de cette pitié que l'on recherche dans les récits d'imagina-

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