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55^ LA NOUVELLE REVUE FRANÇAISE

feignit de voir dans ces lettres confidentielles, au jour le jour, et qui discutaient des circonstances, un traité d'édu- cation, général et universel, une sorte de " Contre-Emile." On publia des réfutations, Lady Chesterfield fit presser la réhabilitation de son mari par le Dr Matey, mais grâce à tout ce bruit, les éditions se succédaient au grand profit des libraires et de Mrs Eugenia Stanhope, que nul ne songeait à critiquer. On oublia que ces lettres avaient été écrites sous le sceau du secret par Lord Chesterfield, qui était l'homme le plus spirituel de son temps, à son bâtard Philippe qui n'était qu'un imbécile que l'on s'évertuait vainement à polir; on y vit les conseils les plus généraux d'un père à un fils, on feignit d'y voir un manuel d'édu- cation. C'est avec ce cortège de réprobation et de scandale, par la publication indiscrète et imprévue de ses lettres à Philippe Stanhope, que Lord Chesterfield a été poussé jusqu'à la postérité.

Il semble que les circonstances même où ces lettres furent écrites puis livrées au public et aussi les années qui se sont écoulées depuis lors, dispensent de prendre parti dans cette dispute. Ceux que Lord Chesterfield avait blessés ou obligés, sa vie durant, ont pu trouver un prétexte à manifester leurs sentiments. Mais après plus d'un siècle il est difficile de mesurer la moralité d'une œuvre qui s'adresse à un être mort bien définitivement. Ou plutôt, si on lit toutes ces lettres (elles sont fort nom- breuses et parfois fort longues) tout d'une haleine, on ne s'aperçoit que d'une chose : qu'elles furent écrites par un homme qui voulait réparer une faute, par un père qui armait son fils, son fils naturel, dans la lutte de l'existence ; qu'elles témoignent d'une sollicitude, d'une tendresse,

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