Ouvrir le menu principal
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


Le léger fardeau de mes jours ordinaires vous le portiez par surcroît, je n’avais plus à m’en occuper ; nous cheminions ainsi, vous splendide et moi reconnaissante ; et je m’arrêtais pour baiser votre main, Amour, et vous vous y opposiez tendrement, car vous ne vouliez point de mon humilité, vous. Munificence !

Les jours coulaient, et, soudain, à je ne sais quel regard, quelle intonation, quelle réticence, je vis, je vis que vous étiez la Douleur !

— Parce que vous êtes supérieure à toute joie parce que vous êtes absolue, débordante, patiente finale, sûre de gagner, inéluctable, je vous vénère Douleur ! Vous me tuez, mais je vous sais un gré infini de ce que votre premier heurt soit si rude le premier jour on devient fou ; le second jour, le troisième jour on vous accepte ; on succombe sous un atroce labeur, car la douleur est une foudre incessante et ses secousses formidables roulent, éclatent, détonent avec une frénésie silencieuse dans les abîmes ravagés de l’être, mais on n’est plus révolté, et l’on marche vers la mort comme les Rois Mages vers l’étoile radieuse, empressée, qui annonçait Dieu, et dont les rayons semblaient jeter des clameurs.

— O Douleur, détresse de l’âme, déception, désespoir, bien souvent nous avons prononcé votre nom légèrement au cours des journées diflîciles ou moroses, mais ce n’était pas la Douleur. Ceux