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ADDIS-ABEBA 437

bourrelet au long des lanières trop serrées. En un tourne- main, les charges sont défaites, jetées bas. Aussitôt déli- vrées, les bêtes se roulent dans la poussière, frottent contre les herbes dures les écorchures de leur échine : il faut les chasser, les pousser à coups de kourbache à la source qu'elles ne flairent pas. Mon grand diable de cuisinier somali, étroit et long, aux mollets de coq, déjà a ramassé des broussailles : il allume son feu entre trois pierres qui tantôt soutiendront la marmite. Le toit hissé de ma tente abyssine jette ime ombre jusqu'à mes pieds. Sans attendre qu'on l'y ait installé, je me jette sur mon lit de camp, m'allonge tout botté...

Après la sieste et le gros de la chaleur étant tombé, je pars à la découverte, le fusil sous le bras. Tout est aussi muet et inanimé que ce matin. Pas un cri d'oiseau, pas un battement d'aile. Je marche au hasard ; la terre noire et friable s'écrase sous mes semelles, les herbes cassent avec un bruit sec. Rien ne m'attire, rien ne me retient ; ce que je découvrirai à un kilomètre d'ici, je sais d'avance que je le trouverais à la place où je suis, tant ce steppe désert, parcouru d'un coup d'œil, est incapable de surprise. Une profonde tranchée irrégulière, aux murailles à demi éboulées, s'ouvre à peu de distance du campement. J'y descends, quelque temps suis le lit raviné et large qu'a fouillé dans le tuf le ruissellement des pluies. Le silence là-dedans est funèbre ; on n'entend même plus le re- muement des herbes que couche la brise. Au fond, des roches roulées, un sable fin et rouge où s'entrecroisent les traces des chacals. En remontant, j'aperçois non loin, posés sur le sol, une bande de gros oiseaux noirs tout

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