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ADDIS-ABEBA 435

Vers II heures, traversée de l'Akaki. Sur sa belle coulée abondante et claire, les berges de grès reflètent leur arête nette et bien taillée. Le bleu de l'eau, son glissement rafraîchissent. Longuement, dans le flot, les mulets s'attardent, barbotent avant de boire : certains, la queue tendue, les membres postérieurs écartés, se sou- lagent. Sur l'autre rive, agenouillée, une femme trempe dans le courant ses bras nus et de vagues chiflTons mal- propres. Un gros bracelet d'étain luit à son biceps rond. Elle sourit aux gaillardises que mes hommes lui adressent, ne craint pas de répondre. Sa repartie soulève un rire général : le petit esclave noir qui porte toujours sa perche sur l'épaule s'arrête au milieu de la riWère pour pouflFer. L'interprète que j'interroge se dérobe pudiquement : " Ce sont des plaisanteries, monsieur ", me dit-il. Parbleu, je m'en doutais et j'en devine la matière, mais j'eusse sou- haité une traduction littérale ! En face de nous, la piste monte en pente douce parmi les rochers blancs. La lumière, de toutes parts réfléchie sur ces parois lisses, est merveilleuse, liquide, sans frisson, pareille à celle qu'on voit réfractée dans le viseur d'un kodak. Si transparente qu'elle en paraît fraîche, elle pénètre jusqu'à la gorge comme une liqueur subtile...

Au haut de la côte, la plaine recommence. C'est tou- jours la même étendue uniforme et jaunâtre, inanimée. Quelques vautours, seulement, planent, suspendus au milieu de l'abîme éclatant du ciel, et que le vent semble pousser de ci de là. Brusquement, un de mes abyssins, s'écarte, pique des deux. A quelque cent mètres de la route, il s'arrête, met pied à terre, se penche, tâte le sol, a l'air de le caresser, de le palper, de le flairer. Puis il

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