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412 LA NOUVELLE REVUE FRANÇAISE

1883, Coventry Patmore, âgé de soixante ans, fut père d'un dernier fils. Le mois suivant il perdait le fils préféré de son premier mariage, Henry, né en 1860, qui laissait quelques poëmes, publiés par son père à la suite de l'édition de 1886 (en deux volumes) de ses œuvres poétiques. En 1885, Patmore fit, avec sa fille Bertha, son dernier pèlerinage à Lourdes.

L'ami le plus intime, dans ces années, fut Edmund Gosse, et il avait été attiré vers Patmore par son œuvre poétique. Il alla passer bien des dimanches à Hastings. Voici le portrait qu'il trace du poëte (aet. 58) :

" Mon premier dimanche à Hastings se passa surtout au coin du feu, dans son cabinet de travail. Je le revois, allongé sur son fauteuil, dans sa pose habituelle, les mains jointes, tout le corps atténué et immobile, la merveilleuse tête, seule, remuant vite et brusquement, comme si elle eût tourné sur un pivot, les yeux tour à tour s'assombrissant ou scintillant, les lèvres mobiles reflétant dans toutes leurs courbes chaque nuance de sentiment qui traversait l'esprit du poëte. Il ne changeait cette attitude que pour s'élancer, avec une soudaineté extraordinaire, sur une des cigarettes répandues tout à l'entour comme les feuilles de Vallombrosa ^ ; il l'allumait, puis reprenait sa pose, le corps caché, les ailes fermées. Assis de la sorte, incliné vers le feu, il parlait pendant des heures des choses les plus élevées, de pensées et de passions étrangères aux mortels, redescendant parfois sur la terre avec une plaisanterie excentrique et violente, toujours marquée par un rire fort et craquant qui s'achevait en toux sèche." (Edmund Gosse, Coventry Patmore^ p. 156)

^ Allusion aux vers de Milton.

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