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400 LA NOUVELLE REVUE FRANÇAISE

surtout me retint, ce fut la répugnance invincible qu'avait ma femme pour la foi dont je m'approchais par degrés. Son jugement naturel était si droit et sa bonté si parfaite, que son opposition était par elle-même un très puissant argument. Elle avait été, dès le berceau, terrifiée par le hideux fantôme que le Puritanisme évoque dès qu'il est question de la religion catholique. Je voyais bien claire- ment qu'une créature aussi simplement et humblement bonne et qui aimait Dieu avec tant de sincérité, ne courait nul danger de perdre son âme par son incapacité à discerner ce que je croyais déjà, avec presque de la certitude, être la vérité... Pendant la longue maladie qui l'emporta, on ne pouvait pas aborder ce sujet sans augmenter visiblement ses souffrances, et jusqu'à la fin ce sentiment fut chez elle si fort que, peu de jours ava«t sa mort, elle me dit avec larmes : " Quand je ne serai " plus là, ils (les Catholiques) vous prendront, et alors je " ne vous reverrai jamais plus."

Deux amis de la maison, deux convertis, Aubrey de Vere et Manning, avaient souvent plaidé pour Rome contre Emily Patmore, et en présence de Coventry. Mais il ne faudrait pas croire que cela eût contribué à entraîner le poëte vers une conversion. Au contraire.

On ne démontre pas la vérité ou la fausseté du catholicisme comme on fait la preuve d'une opération, en mathématiques. Il est bien rare qu'une conversion soit le résultat d'un raisonnement. Elle est plutôt l'éclo- sion d'un sentiment profond, d'un état d'esprit revenant fréquemment et enfin envahissant l'âme par degrés.

" Pendant plusieurs mois après sa mort, je me sentis élevé, pour ainsi dire, dans une plus haute sphère spiri-

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