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378 LA NOUVELLE REVUE FRANÇAISE

Armand-Louis de Gontaut duc de Lauzun. MM. Rondel et Lascaris ont retrouvé cette oeuvre légère et charmante dans un Recueil des Puces de Théâtre nouvellement lues par M. le Texier en sa maison Liste Street, Leicester fields, à Londres et daté de 1799. C'est à son retour d'Amérique et pendant un séjour à Londres, en 1787, que le duc de Lauzun, comme une marque d'estime particulière, fit don de sa comédie à M. le Texier dont il prisait le talent. Ce M. le Texier, le premier lec- teur du monde au dire de J.J. Rousseau, était un comédien de Société. Grimm dit de lui, dans une lettre de février 1774 : " M. le Tessier {sic) receveur général des fermes de Lyon, homme d'esprit, ayant la passion du théâtre et étant comédien de la tête aux pieds, a imaginé de former sa voix, naturelle- ment flexible, à lire tous les rôles d'une pièce, en leur donnant à chacun le ton de leur âge et de leur caractère. Cette muta- tion subite, sans charge et sans saccade, est d'un effet surpre- nant, et produit une illusion complète. Aucun des personnages n'est négligé, tous font leur effet. Son visage, qui passe subite- ment à l'expression qu'il faut prendre, est toujours juste..." Et M"" du Deffand écrit à Voltaire : " Avez-vous ouï parler de M. le Texier qui, assis dans un fauteuil, avec un livre à la main, joue des comédies où il y a sept, huit, dix, douze personnages, si parfaitement bien qu'on ne saurait croire, même en le regar- dant, que ce soit le même homme qui parle. Pour moi l'illu- sion est parfaite et je crois entendre autant d'acteurs différents. Il serait impossible que plusieurs comédiens puissent jouer les scènes avec la même chaleur qu'il les joue tout seul ; il se coupe la parole ; enfin je n'ai rien entendu d'aussi singulier..." Le Ton de Paris n'est pas une comédie dont il soit aisé de rendre compte. Nulle intrigue ne s'y noue. Elle présente, comme nous en avertit l'éditeur " un enchaînement de scènes parfaitement dialoguées et liées les unes aux autres avec beau- coup de facilité. Le style en est naturel, pur et coulant ; on y reconnaît aisément le langage des personnes de la Cour de France." Elle plaît enfin par son libertinage mesuré, son élé- gance spirituelle, son détachement qui n'est point sans secrète amertume. C'est le ton et ce sont les personnages des Mémoires

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