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370 LA NOUVELLE REVUE FRANÇAISE

ni leur œuvre, ni même leur courbe, le principe de leur effort est fixé et l'influence proprement lyrique qu'ils exercent présente certains caractères qu'une évolution ultérieure ne saurait plus en rien changer. M. Tancrède de Visan a entre- pris de définir, derrière la diversité des œuvres et des figures, les traits communs à la génération de 1890 ; il l'a fait avec amour et méthode, et la réussite de son dessein a pour nous d'autant plus de prix qu'il est le premier à avoir tenté dans un esprit philosophique, cette utile entreprise d'unification. Le symbolisme a vraiment existé ; le symbolisme a possédé une doctrine, une doctrine sous-jacente qui reliait entre eux, à leur insu, les plus divers esprits ; le symbolisme a rétabli dans son absolue pureté le lyrisme, trop mêlé chez nous d'éloquence, trop alenti de didactisme et c'est le plus noble présent qu'on ait fait de longtemps à la littérature de la France ; le symbo- lisme, d'un geste essentiellement français, a uni dans l'art les contraires, l'expansion et l'ordre, le mouvement et la plastique, — intention et construction.

Nous saurons gré à M. de Visan de l'avoir reconnu jusque dans la théorie "' occidentale " de M. Mithouard, jusque dans l'attitude sociale de M. Barrés, aussi bien que dans la méta- physique bergsonienne : de tous ceux dont il parle, il parle excellemment, avec ardeur et conscience. Mais il manque à son livre, pour paraître complet, l'étude des trois ou quatre influences génératrices qui dominent le mouvement : Verlaine, Mallarmé, Rimbaud et Laforgue ; il manque la délicieuse figure de Van Lerberghe, la grande et pathétique figure de Claudel; celle de Moréas; celle de Jammes, — symboHste, quoi qu'il en ait, par son sens profond de l'analogie et plus que tous ; il manque surtout un plus juste sens des proportions dans l'appréciation des œuvres, dans les développements qui leur sont consacrés. M. de Visan bien à tort a fui le reproche de pédantisme. Ce n'est pas nous qui le lui aurions adressé. — Nous retiendrons comme excellentes les études sur Paul Fort, sur Vielé-Griffin, sur Gide, sur Bergson, et en attendant le livre de doctrine et de mise au point générale que M. de Visan nous doit, nous citerons entre bien d'autres une de ses meli-

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