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PAYSAGES DE LA TRENTIEME ANNÉE 335

un répit: l'âne qui fait remonter l'eau de la citerne. Il a de beaux yeux tristes et me craint. On le lâche parfois, mais jamais il ne me laisse approcher assez pour que je puisse le caresser. Celui-là subit son destin.

J'aime la nuit, encore qu'elle ait trop d'étoiles,

— la pluie qui me masque la riante insolence du soleil. — Tantôt, comme elle cessait de tomber, je me fis conduire à Bastelica. C'est la soirée humide et fraîche d'un Dimanche de printemps. Les pêchers, sur la terre encore nue, essaiment comme des abeilles roses. Ce paysage moitié nocturne a une grâce frêle et triste.

Des vers m'obsèdent :

" la flache Noire et froide, où vers le crépuscule embaumé Un enfant accroupi, plein de tristesse, lâche Un bateau frêle comme vm papillon de Mai.'*

Mon émoi, à force de tension, s'est cassé. Dans mon âme il n'y a plus qu'un grand silence noir.

Les nuits sont belles; je les passe dans une sorte de prostration lucide. A trente pieds sous mes fenêtres, les parterres sont pleins d'orangers en fleurs. L'autre soir, vers minuit, sur le fond uni du silence, se détachèrent quelques mots dits par une voix de femme : "Ah ! que cela sent bon ! "

— Ils avaient un accent pénétrant et langoureux qui me plongea dans le plus profond étonnement.

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