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PORTRAIT 3^3

La distribution avait lieu dans une ancienne chapelle aban- donnée depuis longtemps, qui n'était ouverte et décorée qu'une fois par an pour ce jour-li. Cette chapelle était située au fond de la grande cour du collège ; on y arrivait en passant sous la double rangée de tilleuls dont la vaste verdure égavait un peu ce froid promenoir. De loin, je vis entrer Madeleine en com- pagnie de plusieurs jeunes femmes de son monde en toilette d'été, habillées de couleurs claires, avec des ombrelles tendues qui se diapraient d'ombre et de soleil. Une fine poussière, «oulevée par le mouvement des robes, les accompagnait comme un léger nuage, et la chaleur faisait que des extrémités des rameaux déjà jaunis une quantité de feuilles et de fleurs mûres tombaient autour d'elles, et s'attachaient à la longue écharpe de mousseline dont Madeleine était enveloppée... etc.

Jusqu'à ce passade, que je cite aujourd'hui par cœur :

...Et quand ma tante, après m'avoir embrassé, lui passa ma couronne en l'invitant à me féliciter, elle perdit entièrement contenance. Je ne suis pas bien sûr de ce qu'elle me dit pour me témoigner qu'elle était heureuse et me complimenter suivant l'usage. Sa main tremblait légèrement. Elle essaya, je crois de me dire :

" Je suis bien fière, mon cher Dominique ", ou " c'est très bien. "

Il y avait dans ses yeux tout-à-fait troublés comme une larme d'intérêt ou de compassion, ou seulement une larme involontaire de jeune femme timide... Qui sait ! Je me le suis demandé souvent, et je ne l'ai jamais su.

Lecture comme une longue épingle fine enfon- cée dans le cœur de l'adolescent que j'étais... Je ne pus supporter de la garder pour moi seul. Je

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