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232 LA NOUVELLE REVUE FRANÇAISE

matin à sept heures du soir. Ah là ! j'ai connu de tous les métiers, menuisier, charron, maçon, tailleur de pierres ; qu'est-ce que ça fait, pourvu qu'on ait de quoi couper, creuser et mordre ? Tiens, le bois de chêne, avec ses longues fibres, on pousse la varlope là-dessus comme si on caressait un miroir avec le plat de la main, et les copeaux couleur de noisette s'enroulent si facilement, qu'on resterait des heures à les regarder, comme on regarde cou- ler l'eau. D'autres fois, c'est des planches d'érable, toutes rouges, ou des planches de sapin, pâles comme une fille des rues. — Qu'est-ce que tu fais, toi ?

Simon. — Sculpteur.

Le pauvre. — C'est un métier béni ! Le marbre, la terre glaise, le plâtre qu'on remue comme un boulanger ! Connais-tu toutes les pierres ? Celles des carrières de chez nous, qui sont molles, capri- cieuses, pleines de manques, et celles du Centre, qui jaillissent du feu sous le marteau ? Et le métal, connais-tu le métal ? Ça alors, c'est franc, rude, coupant, c'est comme une machine qui marche sans s'occuper de rien, ça fait peur comme un aveugle... Tout est bon à travailler ; l'important, c'est d'avoir de la matière ; n'importe laquelle ; on répète toute la journée le même mouvement du bras, sans penser à autre chose qu'à ne pas aller trop loin et à ne pas faire d'encoches, et petit à petit on sent venir la fatigue, et quand on se

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