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M. d'annunzio et l'art 15

— Ceci ne s'appelle point art, mais artifice, mais " artistisme " — pour me permettre un mot bar- bare, moins barbare que ce qu'il désigne. La beauté ne se transmet pas toute faite. Elle naît d'une continuelle création ; de la découverte renouvelée d'un rapport juste entre la forme et la pensée. Supprimez ce juste rapport, n'eussiez-vous formé votre ouvrage que d'or et de pierres rares, que de morceaux du Parthénon : plus de beauté. La vraie beauté n'est pas " excentrique ", mais bien "centrale." Il semble que M. d'Annunzio qui crut sauver tant de ses livres par des descriptions de tableaux, ait promulgué dans son mystère la loi de cette esthétique funeste, qui méconnait le pro- cessus essentiel de l'art et substitue à la création, le placage. Elle peut donner lieu à de brillants morceaux. Il y en a dans le Martyre. Comment les admirer, quand on sait ce qui les soutient } ^

L'auteur du Martyre de 5* Sébastien nous a déçus dans notre attente : les poètes français n'auront pas à le jalouser. Du moins nous aura-t-il donné l'occasion de mettre au jour une vérité par trop oubliée : c'est que la barbarie n'est pas forcément inculture ; c'est que, de l'excès de culture, une

' Je n'ai rien dit du spectacle ; il pouvait sauver la pièce : la musique de scène de M. Debussy la soutenait d'harmonies vraiment chrétiennes et qui marquent dans sa manière un remarquable élar- gissement ; les décors splendides de M. Bakst avaient de la dignité et la principale interprète elle-même, mima noblement, sans afféterie, le rôle impossible du Saint.

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