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14 LA NOUVELLE REVUE FRANÇAISE

prêt à renoncer aux plus glorieux de ses dons, pour mieux habiter son sujet ! Dès que M. d'An- nunzio s'approche, curieux et sans doute animé d'un sincère désir d'étreinte, toute sa culture de musées et de livres s'interpose soudain ainsi qu'un écran de soies merveilleux, cette culture dont il se sent si fier et qui lui donne tous les droits — à l'entendre I

Va-t-il directement épouser la légende, quand tant de peintres l'ont déjà retracée, dont les tableaux tapissent sa mémoire ? D'Hans Memling au Pérugin, il voit un jeune homme nu, criblé de flèches ; il est jeune, il est beau de corps ; car sa beauté spirituelle est devenue beauté plastique par une nécessaire transposition; — mais de ceci, M. d'Annunzio n'a cure. Il est beau, il est désirable : sur quelques académies de musée, M. d'Annunzio établira sa psychologie du martyr. Psychologie ornementale, chère à " l'amateur " en voyage. Sous le pittoresque, sous l'accessoire, va périr étouffé le drame intérieur !

A propos d'un martyr, les plus beaux souvenirs helléno-latins se réveillent. Les choses s'abîment dans les mots ; les mots, au rebours, créent les choses. Adonis naît d'Adonaï, Hadrien de Dioclé- tien, et d'Hadrien, Antinous ! Dans la forme d'Antinous, voici donc l'extase de S** Thérèse ! M. d'Annunzio ne saurait plus douter d'avoir créé une œuvre belle ; il n'a daigné y fondre que des " éléments de beauté. "

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