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LA CRISE DE l'aRT DRAMATIQUE 165

soin, par exemple, se contente de décrire les progrès d'une folie. Et comme une passion, livrée à elle- même et envahissant librement un esprit le conduit forcément au déséquilibre et à la mort, un nombre considérable de ces romans est simplement l'histoire d'une déchéance. {Le Père Goriot^ Le Lys dans la vallée^ etc.)

Si je parle ici du roman, c'est que le théâtre réaliste et l'ancien théâtre libre furent avant tout un théâtre de romans adaptés à la scène : Germinie LacerteuXj la fille Elisa, Sapho, V Assommoir^ tous les Concourt, tous les Daudet, tous les Zola utilisent comme moyen dramatique ces fatalités rectilignes, si je puis dire, à moins qu'ils ne pré- fèrent les fatalités extérieures, économiques souvent, qui n'entrent pas en lutte avec la volonté ou les passions de l'homme, mais qui tout simplement l'écrasent. C'était neuf, c'était vrai ; l'horreur atteignait cette limite morne et désolée au delà de laquelle l'angoisse dramatique se vide d'exaltation et confine à l'angoisse de la vie. Le public fut remué comme à la vue d'une exécution capitale. On peut ne pas se lasser d'admirer des combats, même mortels, où l'homme fait preuve d'un courage exceptionnel et s'élève au-dessus de lui- même. Mais la mort du condamné n'est qu'horrible.

Il me semble qu'on ne saurait trop insister sur cette distinction entre le tragique qui repose sur un conflit moral et celui qui s'en passe. Lorsque

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