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130 LA NOUVELLE REVUE FRANÇAISE

nêteté ", tous les sujets de l'échiquier dramatique ont changé d'usage et de signification ! Le seul fait que le divorce existe a changé la portée de tous ces termes.

On songe aux mélancoliques réflexions sur la gloire et l'oubli qu'échangent, dans les Dialogues des Morts de Fonte- nelle, Bérénice et Cosme de Médicis. Rien n'est assez durable, statues, monuments, empires, pour sauver un nom de l'anéan- tissement. " Ce n'est pas une mauvaise invention, dit Cosme, de donner son nom à des astres ; ils demeurent toujours. — Encore de la manière dont j'en entends parler, répond Béré- nice, les astres eux-mêmes sont sujets à caution. On dit qu'il y en a de nouveaux qui viennent et d'anciens qui s'en vont ; et vous verrez qu'à la longue il ne me restera peut-être pas un cheveu dans le ciel. Du moins ce qui ne peut manquer à nos noms, c'est une mort, pour ainsi dire grammaticale; quelques changements de lettres les mettent en état de ne pouvoir plus servir qu'à donner de l'embarras aux Savants. Il y a quelque temps, je vis ici-bas des morts qui contestaient avec beaucoup de chaleur l'un contre l'autre. L'un était le grand Constantin et l'autre un empereur barbare. Ils disputaient sur la préférence de leurs grandeurs passées. Constantin disait qu'il avait été empereur de Constantinople ; et le Barbare qu'il l'avait été de Stamboul... etc." — Cette dégradation "grammaticale" de- vrait être la dernière. Qu'espérer d'une œuvre dont la déchéance commence par là ?

Tout différent est le vieillissement du Roi s'amuse. Cette pièce, à vrai dire, n'a jamais été jeune. Elle n'a pas les robustes et admirables défauts des Burgraves. Elle était mal venue dès l'œuf. " On finit, dit M. Gustave Lanson dans la Grande Revue, par se réconcilier avec la pièce pour cette candeur colossale qui ne saurait loger dans une âme mauvaise. Mais pas jus- qu'au point de se divertir. Dans Hernani et Ruy Blas, on n'est pas constamment dans le faux. Le lyrisme n'introduit pas seulement dans ces deux drames des beautés de style : avec lui jaillissent les sentiments vrais et largement humains. Il y a des moments où la poésie fait oublier l'artifice et la gaucherie des combinaisons scéniques, où l'on n'entend plus que des

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